Killer collusion

Publié le par David Morrison

La collusion européenne avec Israël

David Morrison


Le mépris de l’UE face aux violations israéliennes du droit international a une longue histoire. Israël est devenu un associé de l’UE en novembre 1995 en co-signant la déclaration de Barcelone, laquelle établissait le Partenariat Euro-Méditerranéen.

 

 
Effusions et franches rigolades sont la partie émergée d’une profonde collusion entre l’impérialisme européen et le colonialisme israélien

Le 1er septembre 2008, l’Union européenne [UE] avait décidé que des réunions devant se tenir avec la Russie au sujet d’un nouvel accord d’association seraient remises à plus tard, jusqu’à ce que toutes les troupes militaires russes aient quitté la Géorgie.

Mais à l’opposé, le 16 juin 2008, les 27 membres de l’UE ont décidé « d’améliorer » leurs relations avec Israël. Et cela a été maintenant appliqué à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’UE à Bruxelles le 8 décembre.

Est-ce en reconnaissance d’un éventuel respect israélien quant aux accords précédents avec l’UE, ou suite à un progrès dans un processus de paix avec les Palestiniens ?

Non, tout au contraire cela prend l’allure d’une récompense pour Israël de la part de l’UE pour l’occupation militaire du territoire de plusieurs pays, pour la violation des Droits du Homme et du Droit international ainsi que des engagements spécifiques pris à l’égard de l’UE.

Si les conditions posées à la Russie étaient appliquées aujourd’hui à Israël, l’UE mettrait immédiatement un terme à son accord d’association.

En 2004, Israël est devenu un associé de l’UE dans le cadre de la politique européenne de voisinage de l’UE (ENP - European Neighborhood Policy). Selon l’ENP et la politique décrite sur le site Web d’information, les relations de l’UE avec d’autres états sont « un rapport privilégié, construit sur un engagement mutuel sur des valeurs communes (démocratie et droits de l’homme, règle du droit, bonne gouvernance, principes de l’économie de marché et développement durable). » L’ENP propose aussi « un rapport politique approfondi et une intégration économique. » Mais ce n’est pas sans conditions, puisque « le niveau à attendre dans ce rapport dépendra du niveau auquel ces valeurs sont partagées. »

Cependant, en dépit du non-respect manifeste de ses engagements selon les termes des accords signés avec l’UE, Israël a été placé dans le premier groupe de sept états auxquels l’UE appliquait en décembre 2004 « un plan d’action » dans le cadre de son ENP.

Le « plan d’action » s’est basé sur un rapport de 2004 de la Commission européenne qui pourtant ouvertement déclarait qu’Israël discriminait systématiquement sa minorité palestinienne, et que les violations des droits de l’homme, dont les meurtres extrajudiciaires, correspondent à une politique constante dans les territoires occupés. On pourrait penser qu’un état qui s’est livré « à la discrimination religieuse » et « aux meurtres extrajudiciaires » serait considéré comme incapable d’être impliqué dans une politique de voisinage basée sur des valeurs communes avec l’UE.

Mais l’UE a tourné un oeil aveugle vers ces violations et a accordé à Israël un statut d’associé dans le cadre de l’ENP.

En avril 2008, la Commission européenne, qui joue le rôle de secrétariat de l’UE, a publié un rapport sur l’état d’avancement de l’application par Israël [des règles de l’ENP]. Elle en a conclu qu’il y avait eu « peu de réels progrès » sur les questions mentionnées dans le plan d’action de 2004. Mais pourtant juste quelques mois mois après qu’elle ait relevé ce manque « de progrès concrets, » l’UE a pris à sa décision de « renforcer » ses relations avec Israël.

La déclaration de Barcelone

Le mépris de l’UE face aux violations israéliennes du droit international a une longue histoire. Israël est devenu un associé de l’UE en novembre 1995 en co-signant la déclaration de Barcelone, laquelle établissait le Partenariat Euro-Méditerranée.

Cette association a impliqué 15 états de l’UE plus 11 états autour de la Méditerranée : l’Algérie, Chypre, l’Egypte, Israël, la Jordanie, le Liban, Malte, le Maroc, la Syrie, la Tunisie et la Turquie — et l’Autorité palestinienne. Les signataires de la déclaration de Barcelone ont accepté de se comporter selon des normes internationales dans leurs relations avec d’autres états, promettant « d’agir selon la charte des Nations Unies et la déclaration universelle des droits de l’homme, aussi bien que d’autres engagements en vertu du droit international. »

Les signataires ont également pris un certain nombre d’engagements spécifiques en ce qui concerne le leur « partenaires » dans l’association euro-méditerranéenne. Ceci comprend :

(1) se refuser, selon les règles du droit international, à toute intervention directe ou indirecte dans les affaires intérieures d’un autre associé ;

(2) respecter l’intégrité et l’unité territoriales de chacun des autres associés ;

(3) règler les conflits par des voies pacifiques, invitant tous les participants à renoncer au recours à la menace ou à l’usage de la force contre l’intégrité territoriale d’un autre participant, y compris l’acquisition de territoires par la force, et la réaffirmation du droit au plein exercice de la souveraineté par des moyens légaux selon la charte des Nations Unies et le droit international.

Au moment où Israël signait la déclaration de Barcelone en 1995 et s’engageait à se conformer à ses principes, cet état occupait le Sud du Liban et avait annexé les hauteurs du Golan qui appartiennent à la Syrie. Et il était impossible d’imaginer même une seconde qu’Israël s’abstenait d’intervenir dans les affaires intérieures de ses associés libanais et syriens, ou respectait leur intégrité nationale, ou réglait ses conflits avec eux par des moyens pacifiques. Manifestement, alors qu’il signait la déclaration de Barcelone, Israël en violait ouvertement les trois engagements fondamentaux.

À ce moment-là, Israël était également en infraction vis à vis de l’obligation générale mentionnée dans la déclaration de Barcelone « d’agir selon la charte des Nations Unies. » Comme force d’occupation en Cisjordanie et à Gaza, il viole les articles de la charte des Nations Unies. Il viole également l’article 25 selon lequel les Etats membres de l’ONU « acceptent et mettent en oeuvre les décisions du Conseil de sécurité. » En effet, en 1995 Israël avait déjà refusé d’appliquer environ 25 résolutions du Conseil de Sécurité le concernant. Ces résolutions mentionnaient : cesser la construction de colonies juives dans les territoires palestiniens occupés, annuler son annexion de Jérusalem-est et des hauteurs du Golan, et ouvrir ses installations nucléaires à une inspection par l’association internationale d’énergie atomique (IAEA).

 
Chaleureuse rencontre Kouchner-Barack
Février 2008 - InfoLive vidéos

Double standard

Les doubles standards de l’UE ne visent pas que la Russie. Dans la déclaration de Barcelone, Israël a également accepté de poursuivre l’objectif « d’un Moyen-Orient effectivement et de façon vérifiable, exempt d’armes nucléaires, chimiques et biologiques de destruction massive, ainsi que de leurs systèmes de lancement. » En outre, il a accepté comme objectif « d’empêcher la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques aussi bien que l’accumulation excessive d’armes conventionnelles. »

Israël est le seul état au Moyen-Orient à posséder des armes nucléaires. Ainsi, leur démantèlement est une condition nécessaire, et probablement suffisante, pour qu’existe « un Moyen-Orient exempt d’armes de destruction massive » selon les exigences de la déclaration de Barcelone. Mais le progrès dans ce domaine se fait remarquer par son absence puisque Israël s’est engagé en 1995 « à poursuivre » cet objectif.

Il n’y a eu aucun progrès non plus concernant la résolution 487 du Conseil de sécurité qui invitait « urgemment Israël à placer ses installations nucléaires sous le contrôle de l’AIEA. » Passé le 19 juin 1981, lsraël doit toujours ouvrir ses installations nucléaires à l’inspection de l’AIEA, et il n’y a aucune espèce de pression de la part de l’UE pour qu’il en soit ainsi, pas plus qu’il n’est question de désarmement pour que le Moyen-Orient soit sans armes nucléaires, ce que les signataires de la déclaration de Barcelone sont supposé « rechercher. »

En revanche, les installations nucléaires de l’Iran, dont ses équipements d’enrichissement de l’uranium, sont ouvertes aux inspections de l’AIEA. Cela vaut la peine de noter qu’après une large inspection, l’AIEA n’a trouvé aucune preuve que l’Iran poursuive un programme d’armes nucléaires ou n’en ait jamais suivi. En revanche, Israël possède des armes nucléaires et les moyens de les fabriquer depuis environ 40 ans. On estime qu’Israël dispose aujourd’hui d’environ 200 têtes nucléaires et de divers systèmes pour les lancer, dont des missiles activés à partir de sous-marins. Israël est capable d’effacer de la carte l’Iran et chaque état arabe par une simple pression sur un bouton. En dépit des conditions liées à la politique européenne de voisinage à propos des armes de destruction massive, l’UE fait activement pression sur l’Iran quant à de ses activités nucléaires, mais pas sur Israël.

Renforcer la politique de punition collective infligée à Gaza par Israël

En novembre 1995, Israël a signé un accord d’association avec l’UE dans le cadre de la politique euro-méditerranéenne de partenariat. Généralement connu sous le nom d’accord Euro-Med, il a donné depuis 2000 à Israël un accès privilégié au marché européen. L’accord Euro-Med renferme également des engagements vis à vis des droits de l’homme, en particulier « le respect des Droits de l’Homme et des principes démocratiques. » La conformité à ces clauses est « un élément essentiel » de l’accord.

Israël a sans interruption failli à ses engagements, l’exemple le plus récent étant l’étranglement économique appliqué à la bande de Gaza au cours des 19 mois derniers. John Holmes, sous-secrétaire général des Nations Unies pour les Questions Humanitaires, et coordonnateur des Secours d’Urgence, a expliqué au Conseil de Sécurité le 26 février 2008 que « l’efficace isolement israélien de Gaza n’est pas justifié, étant donné les obligations permanentes d’Israël à l’égard des habitants de Gaza. Cet isolement relève de la punition collective et est contraire à la loi internationale. »

Par ailleurs, l’UE elle-même a qualifié l’étranglement économique de Gaza de « punition collective. » Benita Ferrero-Waldner, commissaire aux relations extérieures de l’UE a déclaré le 21 janvier 2008 : « je suis contre cette punition collective des habitants de Gaza. J’invite les autorités israéliennes à remettre en service les fournitures de combustible et à ouvrir les frontières pour le passage des approvisionnements humanitaires et commerciaux. »

Ainsi, les Nations Unies et l’Union Européenne estiment réellement que par son étranglement économique de Gaza, Israël a violé la loi humanitaire internationale. Cette politique de punition collective a d’ailleurs été ouvertement reconnue par le gouvernement israélien depuis au moins deux ans. Il est bien connu que lorsqu’Israël a décidé de limiter les expéditions commerciales et la nourriture dans Gaza en 2006, Dov Weissglas, un conseiller de l’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon, avait expliqué que « l’idée est de soumettre les Palestiniens à une cure d’amaigrissement mais sans les amener à mourir de faim. »

Malgré les violations répétées des engagements par rapport aux droits de l’homme, l’UE continue à tourner un oeil aveugle vers les actions israéliennes. En effet, il semble n’y avoir aucune transgression qu’Israël puisse commettre qui persuaderait l’UE de mettre un terme à son traitement privilégié et encore moins de diminuer le niveau de ses relations.


* David Morrison est un des responsables de la campagne de solidarité Irlande-Palestine. Ce qui précède est basé sur « L’aveuglement de l’Union européenne : Comment l’UE ignore le non-respect par Israël de ses engagements selon les termes des accords avec l’UE, » qui a été édité par la campagne de solidarité de Irlande-Palestine en octobre 2008 et peut être téléchargé ici
Format pdf.


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Chaleureuse rencontre Kouchner-Barack

The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction de l’anglais : Claude Zurbach

Publié dans dangerous news

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